Le boulanger révolté

Critiques, points de vue et autres opinions sur l'artisanat boulanger en France : informations, qualité, hygiène, scandales alimentaires. Toute l'information qui fâche !


Optimisé pour Mozilla Firefox
 

Newsletter

Inscription à la newsletter

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
 
Dimanche 1 juillet 2007

La campagne 2006/2007 de la filière blé est particulièrement tendue. Il m'a semblé opportun d'expliquer le marché du blé dans toute sa complexité et de faire un point chiffré. Au regard de ces éléments, on ne peut que prédire la poursuite de la flambée du cours du blé durant les prochains mois...

 

Le marché du blé est traditionnellement perçu comme un marché « occidental ». Jusqu’en 1990, le blé était produit principalement en Europe (ex-URSS comprise), sur le pourtour méditerranéen et en Amérique du Nord. Quelques foyers existaient cependant en Asie (Chine et Inde septentrionale), mais répondaient à leur marché intérieur. Aujourd’hui, cette configuration est caduque, notamment avec l’effondrement du bloc de l’Est et l’émergence de nouveaux concurrents sur le marché mondial (les fameuses « origine mer noire »). La proximité de ces nouveaux producteurs avec les nouveaux foyers de consommation et leurs faibles coûts de production leur ont permis de prendre des parts de marché durant ces dernières décennies. Aujourd’hui les principaux producteurs de blés sont l’Union Européenne (notamment la France), l’Ukraine, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, l’Argentine et la Russie. Les productions de la Chine et de l’Inde étant toujours réservées à leur marché intérieur.

Le cours du blé est déterminé sur les marchés boursiers sur 5 places : Chicago (CBOT), Kansas City (KCBT), Minéapolis (MGE), Londres (LIFFE) et Paris (MATIF).

 

Quels sont les facteurs influençant l’offre ?

Le premier de ces facteurs est, tout naturellement, le climat qui influencera le rendement des récoltes Une sécheresse importante sur une zone de production diminuera la production mondiale, provoquant alors une tension sur le cours du blé. Actuellement, l'Ukraine subit une importante sécheresse depuis avril et l'automne en Australie est également très sec, ce qui laisse présager des productions en recul par rapport à la campagne précédente.

Le second est le flux entre foyers de production et de consommation. Ce dernier facteur est capital dans la mesure où il est influencé par des aspects logistiques (mode de transport, et donc, coût du transport). A ce titre, l'indice du Biffex est très suivi1.

Les coûts de production influencent également le choix des agriculteurs à semer ou non cette céréale : prix des engrais, gel des terres, prix d’intervention, prix de revente sur les marchés, coût de la main d’œuvre etc. …

Le blé étant, aujourd’hui, produit sous toutes les latitudes, les récoltes ne commencent pas au même moment, ce qui influe sur les quantités produites ainsi que sur les flux de vente. Cette particularité obligera les opérateurs à anticiper ces aspects et donc à entrevoir une possible évolution des prix sur les différentes places boursières.

Enfin, la composante « stratégique » de cette céréale joue également un rôle prépondérant dans la mesure où elle entre dans la composition de l’alimentation de base. A ce titre, le blé peut être utilisé comme moyen de pression contre un Etat, un gouvernement, une région etc. … Ce moyen de pression peut se faire directement d’un pays producteur ou via les places boursières (spéculation).

 

Quels sont les facteurs influençant la demande ?

Les modes de vie influencent grandement la demande. Autrefois, les principaux foyers de consommations se situaient dans les zones occidentales. L’émergence économique des pays d’Asie a provoqué une « occidentalisation » des modes de vie qui a permit l’engouement des populations pour cette céréale augmentant ainsi la demande mondiale tout en transférant les flux de vente. Notons également que la « cherté » du riz par rapport au blé a favorisé cet engouement et que le mouvement d’urbanisation de la zone asiatique (et dans une moindre mesure en Amérique du Sud et en Afrique) a provoqué l’émergence d’une classe citadine plus aisée, désireuse de diversifier son alimentation. Enfin, la raréfaction du poisson de mer provoque une mutation des modes de consommation vers les produits carnés qui sont consommateurs de blé (tout dépend des systèmes d’alimentation).

Il convient enfin de considérer le marché export de manière indépendante. Au sein de ce marché, les taux de changes, les accords ou les différends commerciaux entre pays, les protections diplomatiques (cas de Taiwan et de la Corée du Sud) et les taux de fret (déterminés sur le Biffex) influencent grandement la demande sur l’origine des blés. Ainsi, l’euro étant plus fort, actuellement, que le dollar, les importateurs se porteront davantage sur les places américaines qui négocient du blé américain. De même, les prêts avantageux accordés par les Etats-Unis à la Jordanie et à l’Egypte durant la première guerre du Golfe privilégient les blés américains dans les appels d’offre. Enfin, les aides à l’export octroyés par les gouvernements producteurs influent sur les prix. Ainsi l’Union Européenne régule ses prix intérieurs par l’octroi de « certificats d’exportations » qui autorisent les producteurs européens à mettre à disposition du marché export une certaine quantité de leur production. Il faut noter que ces certificats d’exportations, s’ils ne sont pas tous exploités peuvent être reportés d’une campagne à l’autre, sans compter que l’UE autorise également un dépassement de 5% des exportations de blé.

Enfin, les différentes zones productrices peuvent également mettre en place une série de mesures de protection de leur marché intérieur, notamment par l’intermédiaire de « stocks d’intervention » : par exemple, l’UE achète une certaine quantité de blé qu’elle peut réinjecté sur le marché intérieur afin de diminuer le cours du blé sur son marché intérieur. Pour la campagne 2006/2007, le stock d’intervention de l’UE était de 14 millions de tonnes en début de campagne.

 

Et la France dans tout ça ?

Au niveau français, la gestion du marché du blé (entre autres) est confiée à l’Office National Interprofessionnel des Grandes Cultures (ONIGC) qui regroupe les trois anciens organismes suivants :

  • ONIC : Office National Interprofessionnel des Céréales en charge de la filière céréalière en France (blé, mais, orge, seigle)
  • ONIOL : Office National Interprofessionnel des Oléagineux, protéagineux et cultures textile
  • FIRS : Fond d’Intervention et de Régulation du marché du Sucre.

L'ONIGC, compétent pour l’ensemble des filières céréales, oléagineux, protéagineux et sucre, est chargé de contribuer à :

  • L’amélioration des revenus, la réduction des inégalités et le renforcement de la compétitivité des entreprises grâce à la poursuite des programmes de ses prédécesseurs : mise en place d’un programme de traçabilité des céréales, programmes de recherches pour améliorer la qualité des céréales en France et promotions de nos céréales sur tous les marchés. L’office intervient également au niveau du transport et de la logistique en liant des partenariats avec la SNCF et VNF.
  • La régularisation des marchés, notamment grâce à la délivrance des certificats d’exportation et à la gestion des mécanismes d’intervention sur les marchés par le biais des stocks publics d’intervention.
  • L’analyse économique au bénéfice des opérateurs des filières et des consommateurs.

Il reprend donc les missions anciennement dévolues à l’ONIC/ONIOL/FIRS, à l’exception du paiement et de la gestion des aides directes versées aux agriculteurs dans le cadre de la PAC. Cette dernière mission est en effet confiée à une « Agence Unique de Paiement », créée en parallèle de l’ONIGC.

 

Quelques chiffres concernant la production de blé

La production mondiale (tous blés confondus) estimée par le Conseil International des Céréales (CIC) pour 2007/2008 atteint 621 Mt dont :

  • 131 Mt pour l’UE à 27 (122,4 Mt de blé tendre et 8,6 Mt de blé dur) : en hausse de 6 Mt par rapport à 2006
  • 58 Mt pour les Etats-Unis : en hausse de 8,7 Mt
  • 38 Mt pour l’Australie : en hausse de 13 Mt
  • 92,2 Mt pour la CEI : en hausse de 6,6 Mt
  • Entre 14 et 17 Mt pour l’Ukraine. La sécheresse depuis fin avril provoque des tensions sur les marchés
  • 74 Mt pour l’Inde : en hausse de 4,6 Mt
  • 24,5 Mt pour le Canada : en baisse de 2,8 Mt
  • 13 Mt pour l’Argentine : en baisse de 1,2 Mt
  • 101 Mt pour la Chine : en baisse de 3,5 Mt
La consommation mondiale est estimée par le CIC à 624 Mt (supérieure à la production mondiale de 3 Mt) dont :
  • 444 Mt pour l’alimentation humaine dont près de 1/4 est absorbé par la Chine.
  • 105 Mt pour les utilisations fourragères de l’alimentation animale.
  • 17,5 Mt pour les utilisations industrielles (notamment la filière éthanol).
Les principaux importateurs sont :
  • L'Egypte : 7,4 Mt
  • L'Union Européenne : 7 Mt
  • L'Inde : entre 3 et 5 Mt
  • Le Maroc : 3 Mt
  • La Chine probablement, mais je n'ai pas trouvé les chiffres...

Stocks de fin de campagne : 115 Mt en baisse de 3 Mt. Les stocks des 5 principaux exportateurs (Etats-Unis, Union européenne, Australie, Canada et Argentine) sont désormais estimés à 33,5 Mt, en baisse de 2,6 Mt.

Concernant les estimations pour la campagne 2007/2008 en France2, la production devrait avoisiner les 32.3 Mt en tenant compte du stock de début de campagne. Le marché intérieur devrait accaparer 15,3 Mt dont 6 Mt pour la filière alimentation animale, 4,9 Mt pour la meunerie, 2,8 Mt pour l’amidonnerie et 180 000 t pour la filière éthanol. Les ventes vers l’UE devraient être de 8,3 Mt (notamment vers la Belgique et l’Italie) tandis que les exportations vers les pays tiers sont estimées à la baisse à 5,7 Mt. L’ONIGC prévoit donc un stock final de 2,15 Mt, en baisse, donc, de 650 000 t…

Cotation du blé tendre français sur les marchés internationaux3 :

  • FCW (French Channel Wheat)4 : 167 €/t au 11/06/200 soit 223 $/t environ
  • FAW (French Atlantic Wheat)5 : 170 €/t au 11/06/2207 soit 227 $/t environ
Quelle est la situation aujourd'hui ?

Le CIC estime que les échanges mondiaux pourraient atteindre 109 Mt en hausse de 2 Mt par rapport à la campagne précédente. La sécheresse qui sévit aux quatre coins du globe provoque une forte hausse des importations (Maghreb, Inde, Chine) et une limitation des exportations (UE, Ukraine et pourtour de la Mer Noire). Par ailleurs, l'émergence et le développement croissant de la filière éthanol contribue à diminuer le stock de blé mondial destiné à l'alimentation (humaine et animale). Entre manger et conduire, il va falloir faire un choix ! Le déséquilibre entre offre et demande est tel que les plus pessimistes voient déjà planer le spectre de la pénurie de blé pour les pays les plus pauvres... Nous n'en sommes pas encore là.

Quoi qu'il en soit, le cours du blé sur les marchés atteint des records historiques à près de 230 $/t (environ 164 €/t). Il faut noter également que les écarts de prix entre les différentes origines ont tendance à s'estomper. Principale cause : les conditions climatiques catastrophiques des pays producteurs à bas coûts (Mer Noire, Maghreb). Enfin, les exportation de l'UE sont rendues difficiles du fait de la parité euro/dollar (1 €  > 1,33 $).

Tous ces éléments me font dire que le cours du blé ne fait que commencer sa hausse, ce qui se traduira immanquablement par une hausse du prix de la farine et donc du pain. J'attends d'autres éléments pour expliquer ce processus. Pour l'heure, les prévisionnistes les plus pessimistes prévoient un cours du blé à près de 320 $/t (environ 220 €/t). La répercussion du prix du blé devrait se faire sentir vers septembre...



1 Le Biffex est un indice coté sur le marché londonien des contrats à termes (LIFFE) portants sur le fret maritime. Il offre aux armateurs, affréteurs et utilisateurs des transports maritimes en général, la possibilité de se prémunir contre les fluctuations défavorables des taux de fret. L'indice tient compte du type de navire, du type de marchandise et est basé sur les 13 routes maritimes les plus utilisées.
2 Source : ONIGC
3 Source : ONIGC

4
French Channel Wheat (FCW) pour les sorties de blé assurées par les ports de la Manche et de la Mer du Nord, soit 80 % des exportations françaises sur pays tiers et 15 % des ventes sur l’Union européenne.
5 French Atlantic Wheat (FAW) pour les opérations réalisées à partir de la façade atlantique, soit 15 % des sorties de blés français.

 
 
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus